L-2926 LUXEMBOURG
Luxembourg, le 20 avril 2005
Madame la Ministre,
Dans son accord de coalition signé en août 2004, le Gouvernement a retenu comme principe que « les enfants à besoins spécifiques doivent être intégrés autant que possible dans le système régulier… ».
Suivant nos informations, la direction de l’Education différenciée serait en train d’élaborer un papier qui rapprocherait le Service Ré-Educatif Ambulatoire des centres et instituts de l’Education différenciée. Au cas où ces informations s’avéreraient justes, nous nous devons de vous informer de notre très forte appréhension contre cette orientation que l’encadrement des enfants à besoins spécifiques pourrait prendre dans notre pays.
Dans la majorité des pays de l’Union Européenne – renvoyons dans ce contexte aux travaux et publications de la « European Agency for Development in Special Needs Education » - on envisage d’inclure, de plus en plus les enfants à besoins spécifiques, dans une même école pour tous les enfants.
Or l’idée de la direction de l’Education différenciée tendant à rapprocher le Service Ré-Educatif Ambulatoire des centres et instituts irait à l’encontre de cette idée fondamentale, régissant actuellement la vision scolaire européenne et même mondiale, en faveur des personnes défavorisées et handicapées.
En effet l’intégration des enfants en question dans l’enseignement ordinaire n’est pas une fin en soi, mais constitue le moyen adéquat pour réussir l’inclusion des personnes à besoins spécifiques, dans la vie communautaire et partant dans la société.
Au lieu du rapprochement esquissé, incompréhensible du point de vue humain, il faudrait plutôt agir en sens inverse et faire le nécessaire pour rapprocher de plus en plus les centres et instituts de l’Education différenciée de l’enseignement ordinaire, en incluant la plupart des enfants de l’Education différenciée dans les classes de l’enseignement régulier, qui pourraient de la sorte profiter des équipes d’encadrement existantes dans les différents arrondissements d’inspection. A l’intention des enfants pour qui l’intégration complète dans l’enseignement régulier serait trop difficile à vivre, il s’agirait de créer dans les bâtiments scolaires des classes de cohabitation qui seraient à ce moment-là les seules classes de l’Education différenciée à exister.
Que ces équipes dépendent du département de l’Education différenciée ou de toute autre structure existante ou à créer, reste naturellement de la compétence des pouvoirs politiques.
L’exclusion d’enfants du système scolaire régulier par leur admission dans des centres spécialisés, ne fait que renforcer l’étiquette de ces enfants qui voudrait qu’ils soient incapables d’efforts et de réussite. Vous n’êtes pas sans savoir que les structures, excluant des enfants, fonctionnent pour soulager le système scolaire et non pas pour venir en aide aux enfants.
Des synergies de travail entre personnel des Centres Ediff, collaborateurs du SREA et personnel enseignant pourraient s’établir à ce moment et ce au profit de la qualité des services offerts à tous les enfants.
Par ailleurs et dans la logique de ce qui précède, nous estimons que toutes les mesures d’aide et de soutien scolaire aux enfants à besoins spécifiques et en difficultés d’apprentissage, devraient être réglementées par des dispositions légales, constituant un chapitre spécifique dans le cadre de la nouvelle loi scolaire. Il nous semble peu approprié de rédiger une loi spécifique pour l’éducation différenciée qui constitue à notre avis une partie de l’éducation nationale. L’idée même d’intégration serait par là remise en cause.
Nous nous permettons de vous demander de bien vouloir nous accorder une entrevue au sujet du contenu de la présente, estimant en effet que les options qui semblent être prises par la direction de l’Education différenciée, ne répondent ni à la demande des parents, ni à celle des enfants qui ont des difficultés à suivre les programmes d’études, dans un système scolaire particulièrement rigide.
Dans l’espoir que ce courrier retiendra toute votre attention et dans
l’attente de vous rencontrer, nous vous prions de croire, Madame la Ministre,
à l’expression de notre parfaite considération.
Par délégation, au nom des associations énumérées ci-dessous :
EAPN Lëtzebuerg - Initiativ vu betraffenen a solidareschen Bierger géint Armut a fir Integratioun
Fédération des Associations de Parents d’Elèves du Luxembourg (FAPEL)
Elteren a Pedagoge fir Integratioun asbl
Association Nationale des Communautés Educatives asbl
Association des Parents de Personnes atteintes d’Autisme de Luxembourg
asbl
Eltereninitiativ Hyperaktiv Kanner asbl
Association d’Aide aux Personnes Epileptiques asbl
Trisomie 21 Lëtzebuerg asbl
Association Luxembourgeoise pour le Spina Bifida asbl
Gesellschaft fir persounenzentréiert Psychotherapie a Fuerschung asbl
Comité de Liaison et d’Action des Etrangers asbl
DYSPEL asbl
Conseil National des Personnes Handicapées
Coalition Nationale des Droits de l’Enfant asbl
ALAN asbl