PAUVRETE ET EXCLUSION :
QUESTION d’ARGENT et de DEMOCRATIE ?

Liberté, Egalité, Fraternité

L’argent et la démocratie sont des éléments clés d’une société plus juste. Afin de  réaliser enfin les idéaux de la révolution française « liberté, égalité, fraternité », idéaux repris dans la récente charte des droits des citoyens européens, il faudra les réaliser à trois niveaux différents (1) pour qu’ils ne se contredisent pas :
· La « liberté » au niveau de l’éducation (développer les capacités de chaque citoyen et lui offrir des possibilités de les utiliser en faveur de ses co-citoyens), au niveau  de l’information (accès pour tous) et  au niveau de la culture (expression de la créativité). Un « revenu minimum inconditionnel » (modèle d’un impôt négatif)  permettrait à chacun de  vivre cette liberté .
· L’ «égalité » au niveau des droits (et des devoirs) , c.à.d. réaliser des formes de démocratie directe (propositions de lois et de changements émanent de la base) en complémentarité du système parlementaire actuel (souveraineté du peuple au lieu de chèques en blanc).
· La « fraternité » (solidarité) au niveau économique.  L’argent a perdu sa neutralité. Gains rapides par des  spéculations  ou les intérêts capitalisés, entraînant un surendettement tant au niveau individuel qu’au niveau des pays, exigent une croissance économique néfaste, ayant comme conséquence la destruction de la nature, l’accroissement de la pauvreté ou le chômage structurel. L’économie devrait avoir comme but principal la satisfaction des besoins des citoyens.

EAPN : « Modification des structures »

L’EAPN a selon l’article 3 de ses statuts e.a. pour objet „…avant tout l’expression de la volonté de personnes confrontées à la pauvreté d’impulser et de mettre en oeuvre des modifications des structures qui maintiennent les personnes dans une situation marginale…“

Les 10 premières années de l’EAPN ont été utilisées principalement à réaliser les trois grands objectifs que sont la promotion et l’accroissement des actions de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, l’aide à la définition de politiques sociales et à la conception de programmes d’action et  la fonction de groupe de pression. L’association a joué un rôle important dans le processus européen de décision de mise en place de programmes d’action nationaux de lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

Il faudra poursuivre dans cette voie, mais veiller à ne pas trop entrer dans une voie  réactive et curative, c.à.d. d’élimination de symptômes. Car il faut se demander si la Communauté européenne, même si elle  décide de mettre en place des programmes d’action nationaux , n’est pas, par des décisions prises à un autre niveau, à la base de certaines causes structurelles de la pauvreté et de l’exclusion.

Est-ce que la croissance économique continue est vraiment une  nécessité vers un plus de prospérité et d’inclusion, comme nous le font croire la majorité des politiciens, mais également la commission européenne p.ex. par le biais de M. Jonckers à l’assemblée générale de l’EAPN (« new strategic goal ») . Cette croissance n’est elle pas surtout  une nécessité pour le système de spéculations financières  actuel et n’est elle pas une des causes de la pauvreté, de l’exclusion, du surendettement, de la destruction de la nature et de la mise en péril de la  base de vie des générations futures ?

L’EAPN devra dans les années à venir renforcer la participation active à une reforme structurelle de notre société et aider ainsi à l’élimination des causes de la pauvreté et de l’exclusion.

Propositions d’actions

Sur quelles bases pratiques est-ce que les propositions relatives à la liberté, l’égalité et la fraternité aux trois niveaux énumérés ci-dessus pourront-elles se réaliser ?
· « Revenu minimum inconditionnel » comme base de la vie matérielle permettant la  réalisation de la  liberté culturelle individuelle. En bénéficiant d’un tel revenu en plus de programmes de formations et de toutes les informations nécessaires tous les citoyens  pourront exprimer leurs capacités et leur créativité.  La faisabilité économique et structurelle d’une telle proposition ont été démontrées à maintes reprises (2).

L’EAPN définie comme un des objectifs appropriés pour une stratégie européenne de lutte contrer la pauvreté et l’exclusion sociale : « Accorder à toute personne ne pouvant accéder à des moyens de subsistance, des ressources lui permettant de vivre dans la dignité et de participer à la société (revenu minimum) ».

· « Démocratie directe et participative » comme base de l’égalité de tous les citoyens. Les intérêts politiques de tous devront être pris en compte de la même façon et non seulement les intérêts financiers d’une minorité. Les citoyens devront pouvoir proposer rsp. amender des lois par une procédure à trois étapes (droit à l’initiative, phase de discussion et de demande populaire, vote) et compléter d’une façon complémentaire le système parlementaire actuel (3).

L’assemblée générale d’EAPN exige dans sa déclaration finale 2000 : « Toute personne a le droit d’influencer les décisions qui la concernent et de participer à leur formulation. Elle a également le droit de faire entendre son opinion et son expérience, et que celles-ci suscitent une réaction. Le concept de « citoyenneté active » permet d’exercer ce droit et doit être ouvert à toute personne résidant sur le territoire. Il renvoie au rôle actif que jouent les populations, les communautés et leurs organisations dans la formulation des décisions qui les concernent. Il convient de créer des structures de cette « citoyenneté active », par la mise en place d’institutions démocratiques participatives qui renforceront nos institutions démocratiques représentatives.»

· « Argent neutre » comme base d’une économie satisfaisant les besoins de tous. Le fait que la spéculation financière rapporte souvent plus que le travail et l’investissement dans la production économique, exige qu’on réfléchisse à la fonction de l’argent, sa taxation et au système cancériforme actuel des intérêts (4).

L’EAPN exige dans sa déclaration finale de l’assemble générale de 1999 e.a. « une meilleure distribution du travail (rémunéré et non rémunéré), des revenus primaires (revenus du travail et des capitaux), et du temps » ainsi qu’une politique fiscale progressive qui taxe aussi l’utilisation des ressources naturelles, le capital et le flux de capitaux spéculatifs ».

La société aura la plus grande chance de veiller au bien être de tous ses concitoyens, si tout le monde peut utiliser (« a la liberté d’utiliser ») toutes ses capacités , sur un point de vue égalitaire, pour satisfaire solidairement les besoins des co-citoyens, qui en feront de même pour lui.

                                                        Alfred Groff, chargé de développement, Luxembourg

(1) www.anth.org/socialthreefolding   ou   www.geocities.com/mtk-ltg/socialthreef.htm
(2) www.etes.ucl.ac.be/BIEN/bien.html  ou   www.vobs.at/asav/engvers.htm  (basic income)
(3) http://home.t-online.de/home/nddie/home~1.htm   ou  www.ig-eurovision.org
(4) www.geldreform.de (textes anglais)  ou   http:/azstarnet.com/~circ/circhome.htm